Accueil • Z’écritoires • En sortant des ateliers •
Trésors au cœur de la neige
Au cours de mes pérégrinations dans l’aube froide d’un jour blanc, la neige, généreuse, m’offrit des trésors inestimables.
Le premier se présenta sous la forme d’un glaive racinaire couleur de feu. Une force m’attira vers ce légume irrésistible. De passion, je le ramassai, avant de reprendre mon pèlerinage.
Mes pas s’enfonçaient dans le coton gelé lorsque je perçus une masse informe rayée de ciel et de soleil, surmontée d’un nuage. J’emportais avec moi ce concentré de voûte céleste.
En tournant la tête, que vois-je ? Une pipe ! Peut-être que ceci n’en était pas une… Son foyer, d’ordinaire si chaud, renfermait à présent un petit tas de neige tassé.
Mon butin sous le bras, je vis un minuscule pieu, avec lequel j’aurais pu me transpercer le cœur pour faire taire l’euphorie de cette matinée miraculeuse. Pour l’heure, je le serrais tout contre ma poitrine et continuais d’avancer, avec l’espoir de découvrir d’autres surprises.
Mes prières furent entendues. Deux saphirs, d’une rondeur parfaite, se présentèrent à moi. Les bijoux rejoignirent le coffre à trésor de mes bras.
Plus loin, pendue à un arbre, solitaire et désolée, une étole de laine ne demandait qu’à embrasser une nuque d’un baiser réconfortant. Il m’était impossible de la laisser seule.
Pendant plusieurs longues minutes, aucun objet ne se présentait à moi. La panique monta en moi. La nature n’avait donc plus rien à offrir ? Lorsque me vint cette pensée, je distinguai trois pièces d’or. En m’approchant, je remarquai que les pièces étaient percées de petits trous. Je les emportai en imaginant à quoi ressemblera ma future collection de boutons.
Je n’avais bientôt plus de place. Je décidai donc de rentrer chez moi. Sur le chemin, au pied d’un arbre mort, je trouvai un balai. Était-ce celui qui devait astiquer la douleur de ne pas être assez ? De trop posséder ? Je le recueillis : sait-on jamais...
Lorsque j’ouvris la porte, une chaleur enivrante m’envahit, contrastant avec mes mains rougies par le froid. Une fois près de l’âtre, je déposai mes trésors sur le sol molletonné du salon : une carotte, un bonnet, deux billes bleues, une pipe, un bâton de bois, trois boutons dorés, une écharpe.
Comment pourrais-je les mettre en valeur ? Tant de possibilités s’offraient à moi. Le choix, cornélien, était impossible. Incapable de prendre une décision, je dus me résoudre, la mort dans l’âme, à m’en débarrasser, à tout jamais.
Réécriture de Dans la neige j’ai ramassé, Caroline Pellissier et Antonin Louchard, Thierry Magnier, 2006.
