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Os perdus retrouvés
Mythe perdu, l’os vagabond qu’on jugeait faux,
Os captif, abîmé, qu’on juche aux greniers vides,
Ce vil jouet poudreux, fongeux, choque les limbes,
Os adjugé flapi, qu’encombraient deux sachets,
Morceau tombé d’un sarcophage jusqu’aux fleuves
Du temps, de l’abandon, jusqu’aux gouffres d’hiver,
À l’ex-abbaye, vif, j’ai prédit cinq hommages
Pour qu’y charge un dévot ces maudits faux bijoux,
Voyant marchands pourris jusqu’aux faubourgs wallons !
Lettres absentes un vers à la fois : C-L-A-V-I-C-U-L-E.
Pauvre boîte jadis hantée, quel faux glamour
Qu’un déjà vieux, blême, occiput fatigué chasse !
Je chus, moqué, yeux morts pensifs, oblongs et vides,
Paquet hideux, je vole, amer, au gouffre obscur,
Quand l’oubli, joug maudit, va punir vos choix fous.
Lettres absentes un vers à la fois : C-R-A-N-E.
Pourquoi vais-je exhiber malgré moi dans un coffre,
Quand mes jambes gonflées sècheront, pauvre gueux,
Cet os jadis fringuant qui me voulait phénix ?
J’eus grands chevaux, fort belle époque, avant la mort !
Je gis obscur, fléchi, depuis qu’on m’y visite.
Lettres absentes un vers à la fois : T-I-B-I-A.
Chers os droits qu’en vingt lieux emportèrent mes jambes,
Grands provinciaux, flanchant toujours moins qu’un tibia,
Quand je cours, fier, l’hiver, enjoignant aux bipèdes
Ce projet vagabond, cinq et dix fois la marche,
Jolis pieds-bots fougueux valent mieux qu’enchâssés !
Lettres absentes un vers à la fois : F-E-M-U-R.
