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Nithard de la nuit

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UN RÊVE

J’ai rêvé dans la Grotte où nage la Sirène...
Nerval, El Desdichado

Il était nuit. Ce furent d’abord, — ainsi j’ai vu, ainsi je raconte, — deux dames ouvrant la porte d’une abbaye renfermée et abandonnée, — un dépotoir chargé de meubles éventrés, — et Saint-Riquier grouillant de rossignols.

Ce furent ensuite, — ainsi j’ai entendu, ainsi je raconte, — le son funèbre du choc contre un carton poussiéreux, auquel répondaient les interrogations curieuses d’une administratrice, — le crissement plaintif dont frissonnait le carton qu’on élargissait, — et la prière bourdonnante de Jocelyne Martin qui découvre le supplice d’une vérité tardive.

Ce furent enfin, — ainsi s’acheva le rêve, ainsi je raconte, — un moine qui avait jadis expiré, entassé dans un sac de plastique, — une jeune femme qui faisait la lumière à l’aide de sa torche, — et moi que Cerquiglini décrivait démembré, fémurs, tibias, clavicule et crâne, sous les rayons de la torche.

Dom Nithard, le prieur défunt, aura, en sépulcre de verre, les honneurs de la médiathèque ; et Jocelyne, dont le mari avait cherché ce mort pendant vingt ans, verra reconnue sa renommée innocente, entre quatre pages d’invention.

Mais moi, la prière bourdonnante de Jocelyne Martin s’était aussitôt brisée dans un lamento, la torche d’Anne Potié s’était éteinte sous le torrent des accusations, la foule des rossignols s’était réfugiée au milieu des rebuts à jeter, — et je poursuivais d’autres rêves de gloire vers le retour de Charlemagne.


Contamination avec Aloysius Bertrand, Un rêve, Gaspard de la nuit, 1842.