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La grève
Les deux femmes de ménage ouvrirent la porte, saisies par les odeur fécales, les insectes qui couraient sur le sol envahi de déchets. Des piles de journaux, des boîtes de conserve vides, des cartons éventrés, des étagères débordantes de linge sale, la chambre semblait abandonnée depuis des années.
Elles avaient reçu l’ordre de mission du gestionnaire d’immeuble. On les avait prévenues : syndrome de Diogène, il faudra presque tout jeter.
Diogène, elles ne connaissaient pas vraiment. Elles se doutaient que ce ne serait pas une partie de plaisir.
Les meubles cassés, les chaises renversées, elles se contenteraient de les pousser de côté : les gros nettoyeurs viendraient en fin de journée. Elles devaient se charger seulement de mettre en sacs tout ce qui n’était pas pesant, en triant comme elles pourraient, plastique, papier, nourriture avariée, et passer la tête-de-loup aux plafonds pour que les gars ne se collent pas toutes les toiles d’araignées dans les cheveux.
Elles marchèrent au milieu de ce bazar, pour se repérer avant de se mettre au travail.
Anne buta contre un carton entrouvert, grand comme un emballage de frigo, et cela rendit un son étrange. Comme elle était la cheffe, et curieuse, elle prit la responsabilité de l’ouvrir. Elle l’éclaira avec sa lampe torche, et sous un grand lambeau de plastique noir, apparurent des bouts d’os, à peu près reconnaissables, fémurs, tibias, peut-être des côtes, et un crâne, le tout disloqué et dans le désordre.
Le tableau est complet, dit Jocelyne. C’est sûrement le père Nithard. Il y a vingt ans qu’il avait disparu de la circulation. C’est mon mari qui m’en a parlé.
On arrête tout, décréta Anne : c’est une scène de crime ! Un motif suffisant pour la grève. Appelle l’intersyndicale ! Ce genre de nettoyage, ça n’entre pas dans nos attributions.
