Accueil • L’oulipien de l’année • L’Invention de Nithard •
L’invention du mitard
Les deux gardiens ouvrirent la porte, saisis par l’odeur de renfermé, la poussière, les toiles d’araignées, les déjections : personne n’était venu faire le ménage depuis longtemps, le laisser-aller était total. Ils y poussèrent sans ménagements un détenu triste comme un vieux rossignol, les épaules rentrées, une espèce de rebut quoi : à l’évidence, on l’avait violenté, et on allait continuer. En entrant dans la cellule, le prévenu buta contre un carton poussiéreux, dont le choc rendit un son creux. Le carton bâillait, transi d’humidité ; par curiosité, il élargit l’ouverture , en sortit un sac en plastique dans lequel, malgré la quasi obscurité, il aperçut un livre à moitié décomposé au titre évocateur : le journal d’un prisonnier.
– Ça alors, s’écria-t-il, Sarko est passé par là !

