Accueil L’oulipien de l’année L’Invention de Nithard
Hélas ! pauvre Nithard !

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JOCELYNE.
Enfin ! Mon mari le cherchait depuis vingt ans. Laisse-le-moi voir, je t’en prie ! [Elle se saisit du crâne et le contemple, songeuse.] Hélas ! pauvre Nithard ! Je l’ai étudié, Anne ! — C’était un garçon d’une sagesse infinie ; il m’a instruite vingt fois sur son époque. Ici pendaient ces lèvres que j’ai cru entendre parler cent fois ! et maintenant elles me font horreur à regarder. Où sont vos chroniques maintenant, Nithard ? Vos germes de français ? Allez maintenant trouver monsieur Cerquiglini dans son institut, et dites lui qu’il a beau rédiger des traités savants, il faudra qu’il en vienne à ceci, Nithard. Anne, je t’en prie, dis-moi une chose, crois-tu que Charlemagne ait eu cette mine-là ?

ANNE.
Oui, sans doute, mon amie.

JOCELYNE.
Et cette odeur-là ?

ANNE.
Oui, mon amie, justement la même.

JOCELYNE.
Eh bien, qui empêcherait l’imagination de raisonner comme ceci sur Charlemagne : Charlemagne est mort, Charlemagne a été enterré, Charlemagne est devenu terre ; avec la terre, nous faisons de l’argile, et Charlemagne n’étant plus qu’argile, qui empêche que, par l’effet du temps, il ne se retrouve dans un sac en plastique au fond d’un grenier poussiéreux ?


D’après Hamlet, de William Shakespeare, traduction François-Victor Hugo.