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Ciel, mon mari !
Prises d’une même et délicieuse crainte, mêlant leurs doigts avides de surprise et déjà habitués à tant de recherches communes et fébriles, les deux femmes, pressées, dénouèrent le cordon qui enfermait (ou créait) le mystère espéré d’un sac étrange qu’Anne venait de trouver au fond de ce capharnaüm. Mais alors, en même temps qu’un remugle libéré, une voix s’échappa du tas d’os enfermé là et qu’elles découvraient avec terreur :
— 20 ans ! Eh bien tu en as mis du temps ! entendirent-elles.
— Ciel, mon mari ! s’écria Jocelyne en s’évanouissant dans les bras de son aimée.
Et Anne, qui n’avait jamais rien su des hommes, soudain curieuse et profitant de l’inconscience de Jocelyne, se mit à caresser le crâne lisse et sec et vide du défunt, et à le frapper légèrement avec un fémur trouvé à côté, comme pour le faire résonner d’une quelconque révélation.
— Mieux vaut Nithard que jamais, pensa-t-elle.

