Accueil L’oulipien de l’année L’Invention de Nithard
Vanitas vanithardis et omnia vanithard

Page précédente Page suivante

Attribué à Georg-Pieter van Claeswyjck ou à Willem-Franciscus Gerbrechts, et sans doute peint aux environs de 1636 ou 1640, le tableau de la collection Cerquiglini, Nithardi Inventio, portant au dos l’inscription Vanitas Pohie (ou Potie ?), est assez caractéristique du style des vanités flamandes ou du Nord de la France.
C’est une toile tendue sur un petit cadre rectangulaire, les coloris ne sont pas aussi contrastés que dans les vanités avec fleurs, et son originalité tient dans la taille de l’espace représenté. Au lieu que les objets symboliques soient entassés et posés en équilibre instable sur le rebord d’une table et sous un miroir, ici le peintre a montré un lieu mi-clos sous une toiture aux poutres apparentes, avec une porte entrebâillée donnant sur un plancher et une accumulation d’objets hétéroclites, dans un espace assez vaste dont les extrémités gauche et droite sont estompées par un halo de grisaille.
On retrouve les éléments caractéristiques du genre : des toiles d’araignées pendant des poutres ou accrochées à des meubles, des plumes d’oiseaux de nuit et des fientes au sol. Sur le plancher sombre et brun-noir, meubles brisés ou éventrés, tiroirs déboîtés, les objets dans la pénombre sont mal identifiables et tout est poussiéreux, ce qui donne une impression de grand abandon.
Des taches au sol, comme des marques de pas dans la poussière, incitent le regard du spectateur à explorer l’espace du tableau et le conduisent de la porte jusqu’à l’élément-clef.
On passe ainsi devant des meubles, puis des coffres épars sur le sol, d’où sort de la paille d’emballage très claire. Le peintre les a représentés avec des tons de gris et de marron plus ou moins foncés, et un effet de lumière crue surprenant, semblant provenir d’une torche suspendue à hauteur d’homme, met en valeur l’élément qui donne son titre à l’œuvre : il s’agit d’ossements pâlis, fémurs, tibias, peut-être une clavicule, et un crâne très visiblement fendu. Ils sont posés sur une caisse dont le couvercle est ouvert, et vaguement emballés dans une sorte de sac en toile ou en papier, auquel est attaché un cartel de parchemin aux bords ourlés, où l’on peut lire le mot NITHAR en capitales gothiques noires.
Les exégètes sont incertains sur l’identité qu’il faut attribuer à ce mot.