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Nithard & les Djinns

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Autour de l’abbaye, murs, ville, anciens faubourgs
Et port sur le Scardon* attendent la visite
Du bon abbé Nithard. À l’asile on hésite
À trop parler de mort, on entend les tambours
Des grands guerriers vikings venus sur la mer grise
Attaquer le Royaume. Où brise-t-on des os ?
La brise calmement se répand sur les eaux,
Tout dort dans Saint-Riquier, la mort vient par traîtrise...

Dans la plaine endormie Nithard est étendu.
Mais soudain naît un bruit au bout de mille années :
C’est l’haleine dit-on des âmes condamnées
Qui vient de la nuit noire et d’un crâne fendu,
C’est l’administratrice, elle crie, elle brame,
Et comme une âme en joie revient du vieux grenier.
Elle dit qu’une flamme a montré le dernier
Logement qui toujours suit un horrible drame.

Et ce bruit vague dit qu’on vient de retrouver,
Dans un sac qui s’endort au sein de la poussière,
Les fémurs de Nithard. C’est la vague première,
L’ultime invention sur le bord excavé,
C’est la plainte exauçant Jocelyne Martin :
Après plus de vingt ans, sa quête presque éteinte
Aboutit, et les os du bâtard d’une sainte
Brilleront pour un mort, Bernard en est certain.

Pourtant, on doute encore, et dans l’inquiétude,
Jocelyne Martin se relève la nuit.
J’écoute ses soupirs bien tard, jusqu’à minuit.
Dans sa tête tout fuit, même la certitude.
Tout passe avec le temps, mais on sait aujourd’hui
Qu’au milieu de l’espace exigu d’une boîte
Ne s’efface jamais la relique benoîte
D’un guerrier d’autrefois, quoi qu’en dise le bruit.

* Le Scardon est la rivière qui traverse Saint-Riquier.


Greffe des deux premières et deux dernières strophes des Djinns de Victor Hugo.