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L’invasion du nitrate
Les deux femmes ouvrirent la porte, saisies par l’odeur ammoniaquée, le purin, la pisse de rat, la chierie : personne n’était entré là depuis longtemps, l’abandon était total. Elles pataugèrent au milieu des merdes molles, des carcasses éventrées, des ordures : à l’évidence, tout était à jeter ; il faudrait s’y employer. En repartant, Arabella Fauley buta contre une masse noyée dans le jus de l’obscur. La forme était étrange et brillait sous les effets du lisier ; par curiosité, la fermière écarta le fumier à l’aide de sa fourche, dégagea ce qui sembla être les restes d’un vêtement en PVC, un ciré sans doute ; la lumière de sa lampe fit apparaître deux fémurs, des tibias, une clavicule, un crâne sous une casquette où on pouvait encore lire le flocage Binic-Étables-sur-Mer.
– Enfin, s’écria Claire Bonnot, c’est Jean, mon mari ; je le cherchais depuis deux ans.
Fritz Habernard Kircher-Liebig, L’Invasion du nitrate.

