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L’Invention d’Aurélien

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La première fois qu’Anne Potié vit Nithard, elle le trouva franchement laid. Il lui déplut, enfin. Elle n’aima pas comment il était emballé. Un sac plastique qu’elle n’aurait pas choisi. Elle avait des idées sur les sacs. Celui-ci ressemblait fort à un sac poubelle. Cela lui fit mal augurer de ce type qui portait un nom de prince carolingien sans avoir l’air de se considérer dans l’obligation de se présenter dignement. Son carton était poussiéreux ce jour-là, mal tenu. Un carton de stockage, ça demande un entretien constant. Anne Potié n’aurait pas pu dire s’il était gris ou beige. Elle l’avait mal regardé. Il lui en demeurait une impression vague, générale, d’abandon et de renfermé. Elle se demanda même pourquoi. C’était disproportionné. Des toiles d’araignées, quelques fientes, sans doute… Qu’il se fût appelée Charles ou Louis, elle n’y aurait pas repensé, après coup. Mais Nithard. Drôle de superstition. Voilà bien ce qui l’irritait.


D’après le début d’Aurélien, de Louis Aragon.