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In Memoriam Michèle
Michèle ferait une impeccable héroïne de roman.
Pour rapporter dès l’enfance son emploi du temps, imaginer une écolière à l’heure de la récréation dressant à la craie, en marge du jeu de marelle, la liste des neuf points remarquables communs au triangle et à son cercle médian. Puis jouer à la toupie comme font les petites filles, sauf qu’en plus de la vraie toupie, elle en anime une autre, imaginaire celle-là, au pays de la géométrie newtonienne et de la mécanique potentielle. Cela des années durant, au cours desquelles il lui faudra retourner sans cesse à la tâche, récompensée d’accéder avant quiconque à des merveilles scientifiques insoupçonnées.
Une posture extrêmement tenace, qui s’est déplacée de son Algérie natale à la Métropole. Avec l’amertume d’un amour paternel dérobé, l’image d’un soupirail clos sur une cave de supplices, l’héritage de plaies réfutées par la lâcheté des hautes instances. Mais en face, son coûteux entêtement à tisser la vie comme une soie de beauté mathématique et littéraire.
Un destin de femme.
