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Doublon
En duo, les deux dames ouvrirent la porte, passage fermé jusque là, surprises, saisies par l’odeur de renfermé, d’air confiné, par la poussière, infimes particules grisâtres recouvrant tout, par les toiles d’araignées, ces arachnoïdes tisseur de pièges, par les fientes, viles déjections des petits squatteurs de l’ombre : nulle visite, personne n’était monté depuis longtemps, l’abandon était total, entier. Elles marchèrent au milieu des rossignols, au centre des meubles éventrés, des rebuts, des presque riens : à l’évidence, tout était à jeter, à oublier dans quelque dépotoir : on allait s’y employer, oui, s’y mettre. En repartant, rebroussant chemin, Anne Potié buta, se cogna contre un carton poussiéreux, saupoudré de saletés, dont le choc rendit un son étrange, un bruit insolite. Le carton bâillait, boîte semi-ouverte par l’humidité, ramollie sous quelque fuite de toiture ; par curiosité, l’administratrice soudain très intéressée élargit l’ouverture, agrandit le passage à l’aide de sa torche qu’elle tenait à la main, en sortit un sac de plastique ; la lumière de la lampe fit apparaître dans la clarté deux fémurs, des tibias, une clavicule, un crâne.
– Enfin, c’est pas trop tôt, s’écria Jocelyne Martin ; mon mari le cherchait, enquêtait depuis vingt ans, deux décennies.

