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C’est un garçon

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Dans cet hôpital totalement abandonné depuis longtemps, la salle de travail sentait le renfermé, la poussière ; les toiles d’araignées, les fientes, avaient envahi murs et plancher. Il fallait marcher au milieu d’un amas de meubles disparates, tabourets de relaxation escamotables et archaïques, oreillers éventrés : tout était à réhabiliter. Anne Potié, la sage-femme, buta contre un carton poussiéreux, dont le choc rendit un son étrange, comme une voix étouffée. On aurait dit que quelqu’un bâillait. Elle sentit soudain une sorte d’humidité.

— Enfin, s’écria Jocelyne Martin ; je perds les os.
— Il vient par le siège, dit la sage-femme, on va s’y employer.

Elle élargit l’ouverture au forceps. La lumière du scialytique fit apparaître peu à peu deux fémurs et des tibias, puis une clavicule, un crâne enfin. Depuis vingt ans, c’était la première fois qu’elle mettait au monde une belle momie.

— C’est un garçon. Comment allez-vous l’appeler ? demanda-t-elle à la parturiente.
— Nithard, ou Hartnid, j’hésite. Mon mari cherche encore.

Stephen Kinglini, La délivrance de Nithard, Éditions de l’Épouvante, 2026, p. 9.