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L’homme dont le cœur débordait d’amour

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Il y avait une fois un homme dont le cœur débordait d’amour au point que sa raison en vint à vaciller.Cet amour se manifestait en tous temps et en tous lieux par des effusions chaleureuses. L’homme fou d’amour pressait ses lèvres avec une tendresse infinie contre ses mains et contre celles de ses amis.Il pressait ses lèvres contre les fleurs. Un soir, alors que s’éteignaient les derniers feux du couchant et que la lune commençait de montrer son pâle visage au dessus des cyprès du jardin, il avisa un vieil arrosoir dont la peinture verte se désquamait par larges plaques, mais dont la pomme tout juste changée brillait d’un éclat rouge vif. Cette vision jeta son esprit un trouble indicible et il se jeta à pleine bouche sur cet étrange objet du désir. Il franchait un degré de plus vers la damnation éternelle lorsque son inclination le conduisit à étreindre d’une façon fort peu chaste d’innocents jouets d’enfants. Sa folie se teinta d’idolâtrie lorsqu’il choisit des images, et ses turpitudes ne connurent plus de bornes quand il s’en prit au mobilier. Comble de l’horreur, on rapporta l’avoir vu s’unir à une machine pour assouvir ses aspirations coupables. Il n’est jusqu’à des vêtements souillés qui ne furent l’objet de son penchant contre-nature, prouvant par là-même qu’il avait définitivement sombré dans la folie. Pourtant, un jour alors qu’il s’apprêtait à se livrer à sa débauche coutumière en compagnie d’un soulier couvert de déjections d’on ne sait quelle provenance, la mère supérieure se saisit de l’immonde fétiche et admonesta sévèrement cette brebis égarée, lui rappelant quelques-unes des règles de l’hygiène et de la bienséance. Bien que ce ne fût pas la première fois, elle lui pardonna et tendit vers lui ses lèvres humides et palpitantes en signe de miséricorde. On entendit longtemps leurs langoureux transports à travers le couvent.

Réécriture littéraire de l’album jeunesse Le zinzin des bisous, d’Édouard Manceau, chez Didier Jeunesse.